Citadelle de Reims : Caserne de la Prévosté

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Le Bourreau

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Alsbo
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MessageSujet: Le Bourreau   Dim 9 Oct - 3:32

Les hautes œuvres et les basses œuvres

En France, il faut arriver au treizième siècle pour trouver trace d’un individu chargé de fouetter, marquer, pendre, décapiter, rouer et brûler au nom de la loi, Il était désigné alors sous le nom de exécuteur de la haulte justice, ou maître des hautes œuvres, et chaque grand bailliage en possédait un. Il accomplissait ainsi les hautes œuvres du seigneur local. C’était d’ailleurs un métier qui demandait un certain apprentissage, car il fallait, suivant le texte d’une ancienne ordonnance que le bourreau sceut faire son office par le feu, l’espée, le fouet, l’écartelage, la roue, la fourche, le gibet, pour traîner, poindre ou piquer, couper oreilles, démembrer, flageller ou fustiger, par le pillory ou eschafaud, par le carcan et par telles autres peines semblables, selon la coutume, mœurs ou usages du pays, lesquels la loy ordonne pour la crainte des malfaiteurs. Les basses œuvres, comme son nom l’indique, consistaient à s’occuper de travaux beaucoup plus terre à terre, comme le nettoyage des rues, la vidange des eaux usées, la mise des chiens en fourrière, etc., ce qui permettait au bourreau d’arrondir ses fins de mois quand les condamnés au supplice se faisaient rares. Il y avait à cette époque deux signes visibles de justice : le gibet, qui ne servait que pour les supplices capitaux, et le pilori, destiné au châtiment de fautes assez légères.

Le gibet

Le gibet, appelé aussi fourches patibulaires, était toujours installé dans les champs, sur un monticule et en bordure d’une voie fréquentée. On n’y accrochait que les dépouilles des suppliciés, préalablement mis à mort. Ces pendus restaient accrochés au gibet jusqu’à la désintégration du corps. Plus il y avait de gibets à l’entrée d’une ville et plus le seigneur était puissant. Un châtelain n’avait droit qu’à trois pendus, un duc à huit. Le gibet de Paris, dit de Montfaucon, pouvait en comporter jusqu’à seize ; on y pendait parfois les condamnés vivants. C’était le bourreau qui se chargeait du transport et de l’ensevelissement des cadavres.
À proximité des gibets, on cultivait parfois des jardins où, à Paris, quelques guinguettes s’étaient installées. François Villon en fut un assidu avec ses compaings, lesquels furent plus tard également pendus.
Au XVe siècle, on eut coutume d’enterrer vivantes à proximité de l’endos du gibet, des femmes condamnées à cette mort que l’on jugeait alors plus décente pour elles que la pendaison.

Le pilori

On désignait sous le nom de pilori, un poteau où le bourreau exposait les personnes coupables de délits commis sur le territoire du seigneur. Le pilori était parfois situé au haut d’une maison en pierre qui servait de logis au bourreau. Il n’en existait qu’un par ville et il était toujours situé dans un lieu apparent, carrefour ou place publique. À Paris il était installé aux Halles, à peu près au débouché actuel de la rue Pirouette dans la rue Rambuteau. Les condamnés au pilori étaient sujets aux railleries du public, qui pouvait leur jeter de la boue et des ordures, mais non des pierres. Certains piloris, hautement perfectionnés, comme celui de Paris, pouvaient tourner sur eux-mêmes ce qui faisait qu’après deux heures d’exposition, les patients avaient fait un tour complet. On y exposait aussi des malheureux suppliciés, voire des têtes coupées.
Cette peine, encore en vigueur au milieu du XVIIe siècle, fut atténuée en 1666, par un décret de Louis XIV. Il faudra attendre 1832, pour que la peine du pilori soit remplacée par une simple exposition publique dans la cour du palais de Justice.

Les rifleurs, les bingres

La situation du bourreau variait d’une province, d’un bailliage voire d’une châtellenie à l’autre. Dans l’Est de la France, par exemple, le bourreau était souvent un homme issu de la bourrellerie, de la tannerie, ou de l’équarrissage ; on le surnommait le rifleur. Au Sud de la Loire les bourreaux étaient souvent des occasionnels, surnommés les bingres par les bourreaux dynastiques. Parfois même, pour exercer le terrible office, les magistrats faisaient appel à d’anciens criminels qu’ils sortaient de prison pour leur éviter la corde ou les galères.
Au début du XVIIe siècle, la loi du Roi prévalait de plus en plus sur celle du Seigneur, qui se désintéressa alors de l’exercice d’un pouvoir qu’on lui contestait et qui ne lui rapportait plus guère. Aussi, faute de moyens, les sentences étaient souvent sans exécution, même en effigie.

Les lettres de provision d’office

Peu à peu, les bourreaux se mirent au service du roi, qui leur délivra des lettres de provision, les rendant propriétaires de leur office. Le bourreau devint ainsi Officier du roy, s’accaparant les offices des bourreaux occasionnels, et retransmit bientôt la charge à ses propres enfants, se faisant ainsi l’inévitable fondateur d’une incroyable dynastie. Quand l’enfant était encore mineur, les lettres de provision le pourvoyaient en survivance, pour qu’en cas de décès du père, l’office leur revint de droit dans leur vingtième année. Comme pour les rois, un régent assurait l’intérim dans cet intervalle de temps. Reclus dans leur microcosme, les bourreaux n’en obtenaient pas moins, sans aucune difficulté, toutes les dispenses nécessaires pour épouser leur cousine germaine, parfois même leur nièce.

Les questionnaires et autres tourmenteurs

Ce n’est qu’en 1674 que Louis XIV dissout définitivement les hautes seigneuries françaises et fit, enfin, régner sa propre loi. Cette fois-ci, et jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les exécutions furent hiérarchisées en fonction de l’extraction du condamné ; le noble était décapité, le voleur de grand chemin roué en place publique. Le régicide et le criminel d’État étaient écartelés, le faux monnayeur était bouilli vif dans un chaudron, l’hérétique brûlé, le domestique, voleur de ses maîtres était, quant à lui, pendu, etc. Le questionnaire, bourreau spécialisé dans l’art d’appliquer les tortures, officiait dans l’obscurité des prisons et arrachait les plus fantaisistes aveux aux prisonniers déjà jugés ou condamnés à mort. La question était réservée pour les prévenus accusés d’un crime ayant entraîné la mort, ou qui avaient tout simplement fabriqué de la fausse monnaie. Cette torture comportait deux degrés dans son exécution : la question préparatoire, qui s’appliquait à l’accusé qui n’avouait pas, afin de le forcer à avouer. Elle fut abolie par Louis XVI en 1780. La question préalable, quant à elle était appliquée au condamné à mort soupçonné d’avoir eu des complices, pour le contraindre à avouer leurs noms. La torture la plus célèbre s’appelait le supplice des brodequins. Il était très simple dans son principe. Le malheureux était solidement animé à son siège et fermement tenu par un assesseur, pour éviter les ruades furieuses que pourraient provoquer la douleur. Des carcans de bois entouraient le bas de ses jambes : ils servaient de guides aux coins de bois que l’assesseur allait lui enfoncer dans les genoux à grands coups de maillets, jusqu’à lui broyer les os. Et accessoirement, évitaient que ces pieds ne se disloquassent pas sous les coups de boutoir. Les prêtres, les femmes enceintes, les nobles, les enfants et les magistrats en étaient en principe exempts. Si l’accusé subissait la torture sans rien avouer, il était déclaré innocent et mis en liberté ; on devait alors lui faire connaître son dénonciateur pour qu’il pût demander réparation.
À cette époque, on exécutait même les animaux, et on expédiait à la mort, pour un simple larcin, non seulement des femmes, mais aussi des enfants.

Le droit de havage

Le bourreau professionnel, suscitait partout une horreur quasi sacrée. Il vivait à l’écart, portait des vêtements spéciaux et les honnêtes gens fuyaient tous son contact. On refusait ses enfants dans les écoles, on rechignait à lui vendre des marchandises. En ville, le pain posé à l’envers sur l’étal du boulanger était réservé au bourreau ; personne d’autre n’y touchait. On humiliait le bourreau de toutes les manières. Celui-ci, comme émoluments, percevait alors une foule de droits en nature sur les marchands des halles ; c’est ce que l’on appelait droit de havage, et qui consistait, pour lui, à pouvoir prendre une certaine quantité de légumes, de viande ou de poissons dans les paniers sur lesquels il étendait la main. La seule apparition du bourreau sur les foires et dans les marchés paralysait les marchands. Ils tremblaient de peur quand celui-ci, pour se reconnaître dans la perception de son droit, désignait ceux qui le lui avaient payé en leur imprimant avec de la craie jaune, une croix sur l’estomac ou l’épaule. Les injures, les rixes, voire les procès étaient courants entre le bourreau et les forains. Il avait, en outre, des droits fixes sur certaines autres denrées entrant à Paris, sur les dépouilles des condamnés à mort, et recevait une somme fixe par exécution. Entre autres profits, il avait la vente de la fameuse graisse de pendu, un remède souverain pour toutes sortes de maux, disait-on ; et encore de la corde ayant servi à la pendaison, spécifique infaillible pour gagner un gros lot à la loterie. Il était aussi rebouteux et remettait en place les membres démis ou cassés, lui qui les brisait si bien aux malheureux attachés à la roue.
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Papillondemort
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MessageSujet: Re: Le Bourreau   Jeu 6 Déc - 9:28

Très intéressant , je connaissait la plupart des us et coutumes du métiers de bourreau .
Il faudrait mettre un lien entre ici et la petite galerie des appareils de tortures .
pirat
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Le Bourreau

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