| | | Le Moyen Âge - La grande criminalité | |
| | Auteur | Message |
|---|
Invité Invité
 | Sujet: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:32 | |
| La grande criminalité Au Moyen âge, comme à toutes les époques troublées de l'histoire, le brigandage présente une recrudescence effrayante. Ce ne sont pas seulement les serfs révoltés contre leurs seigneurs, les paysans réduits à la misère par la famine ou la guerre, les soudards licenciés après la fin des hostilités, qui se réunissent en bandes pour vivre de rapine et de pillage, ce sont aussi les barons et les seigneurs qui, à la tête de leurs troupes, descendent de leurs châteaux pour détrousser les marchands passant dans la plaine. Que nous promenions nos regards sur l'Allemagne, sur la France, sur l'Angleterre, le spectacle est partout le même. Les confédérations des cités allemandes durent surtout leur origine à la nécessité de tenir les routes et les rivières libres pour le passage des personnes et des marchandises malgré les nobles qui infestaient les grands chemins. Encore fallait-il que ceux qui étaient chargés de la sécurité et du maintient de l'ordre jouent leur rôle. En France, à l'époque de la captivité du roi Jean, une brigade de surveillance fut instituée pour le maintien de I'ordre dans Paris; mais elle exploita la force dont elle disposait pour le pillage et la rapine; aussi le peuple créa-t-il pour désigner ces soldats le sobriquet de brigands, du nom d'une cette d'armes, appelée brigandine, qu'ils portaient. Le terme de brigandage s'applique à la criminalité ordinaire. Mais, parallèlement, se développe aussi le banditisme. Les bandes étaient, dans le principe, une petite troupe de soldats d'aventure réunis et marchant sous une bannière. Elles apparaissent sous les premiers Capétiens. « Les grands feudataires, dit Boutaric, dans ses Institutions militaires de la France avant les armées permanentes, entretenaient des bandes soldées, composées de gens à pied et à cheval, connues sous le nom de coteraux, brabançons ou routiers, bandits d'une cruauté implacable. » A partir du règne de Philippe-Auguste, ces mercenaires sont fréquemment employés au service des rois de France et deviennent, dans l'intervalle des guerres, le fléau du paysan qu'ils pillent et accablent des plus cruelles exactions. Le phénomène prend un telle ampleur que quand Philippe-Auguste part pour la Terre-Sainte (Croisades), il décide que les soldats convaincus de brigandage recevront sur la tête une libation de poix bouillante, qu'ils seront couverts de plumes et abandonnés en cet état sur le premier rivage venu. Rien n'y fera. La chronique de Saint-Denis les déclare : « pillards, voleurs, larrons infâmes, dissolus, excommuniez » et, pendant cinq siècles, ils sont un objet de terreur et d'exécration sous les noms significatifs d'aventuriers, ribauds, francs-taupins, mauvais garçons, écorcheurs, fendeurs, mille-diables, etc. La guerre de Cent ans vit les tard-venus, les malandrins ravager les campagnes. Pour s'y retrouver, voici quelques éléments de vocabulaire : Les Brabançons. En 1135, Guillaume d'Ypres amena à Étienne de Blois des bandes de mercenaires recrutés en Brabant, qui l'aidèrent dans ses entreprises en Angleterre. Répandus quelques années plus tard sur le continent, ravageant et dévastant les pays où ils passaient, se mettant à la solde de qui voulait les payer, ces aventuriers donnèrent au nom de Brabançons une renommée sinistre. Longtemps le peuple donna le nom de brabançons, quelle que fait du reste leur origine, aux brigands armés qui vivaient de pillage et de rapines. Les Malandrins. D'après Du Cange, le mot malandrin (malandrinus, maladrinus) signifie voleur, brigand, pirate). Il en faut rapprocher le mot malandre, qui voulait dire, entre autres sens, lèpre, ulcère, et, généralement, maux. Il paraît qu'à l'époque des croisades on appelait malandrins les voleurs arabes ou égyptiens. Ce nom fut ensuite donné, en France, aux routiers qui, depuis le XIIe siècle, jusqu'à la fin de la guerre de Cent ans, y exercèrent trop souvent leurs brigandages. Tels furent les Cotereaux, les Tard-Venus, les Ecorcheurs, les aventuriers de tous les pays, qui formèrent les Grandes compagnies. Le nom de malandrins se trouve dans le récit que Froissart consacre à l'expédition de J. de Vienne en Écosse (1385). Les Cotereaux (Coterelli, Ruptarii). Nom que l'on donnait, au XIIe siècle, aux soldats mercenaires qui tantôt s'enrôlaient dans une armée et tantôt pillaient et combattaient pour leur propre compte. Louis VII et l'empereur Frédéric Barberousse s'engagèrent solennellement à Vaucouleurs, vers 1165, à ne plus prendre à leurs services ces auxiliaires qui étaient la honte des armées. Au début du règne de Philippe-Auguste, leurs brigandages avaient pris de telles proportions que le roi dut faire contre eux une expédition. Il en détruisit plusieurs bandes près de Bourges en 1183. « Tels gens, dit un chroniqueur de cette époque, comme costereaux, brigans, gens de compaignies, pillars, robeurs, larrons, c'est tout un, et sont gens infâmes et dissoluz et excommuniez. Ils ardoient les monastères et les églises où le peuple se retraioit et tourmentaient les prêtres et les religieux et leur disoient quand il les battoient : cantatours, cantez. » On n'est pas d'accord sur l'origine de cette appellation de cotereaux. On a prétendu qu'ils la devaient à leurs grands couteaux et qu'ils avaient dû être appelés d'abord cultellarii, ou bien qu'ils avaient été ainsi nommés parce que leurs bandes se recrutaient parmi les paysans, habitants des coteria; on a dit enfin que ce devait être à l'origine une désignation ethnique analogue à celle de Brabançons, parce que les premières bandes étaient composées d'Écossais (Scoti). Les Routiers. Les routiers étaient de bandes de paysans que le goût du brigandage rassemblait sous la conduite de chevaliers ou de bâtards de grande maison; ils formaient, sous Philippe-Auguste, des compagnies redoutables; à la fin du XIIe siècle, ils eurent pour rivaux des chaperons, autres coureurs de routes. Au XIIIe siècle, Louis IX tenta d'exterminer les routiers qui infestaient les campagnes ; mais, sous Charles VI, on en retrouva des bandes nombreuses; jusqu'au XVe siècle, les routiers qui s'appelaient aussi armagnacs, cotereaux, malandrins, continuèrent à désoler le pays qu'ils traversaient. Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, Du Guesclin avait réussi à détourner quelques une de ces bandes sur des contrées étrangères. Mais ce ne pouvait être qu'un pis-aller. Les compagnies de routiers s'étaient reformées, remplacés par les trente mille diables conduits par le bâtard de Bourbon et le bâtard d'Armagnac, connues sous les noms d'écorcheurs et les retondeurs, ces bandits continuèrent de sévir jusqu'à la Renaissance, avant être progressivement intégrés dans les régiments réguliers, et servir à d'autres guerres. Le temps des brigandsEppenheim, l'exemplaire. Au XIVe siècle l'Allemagne était dans l'anarchie la plus complète. L'Église, l'empereur, les barons, les villes libres s'agitant dans un conflit perpétuel, le désordre, était sans bornes. De cette anarchie naissait l'ordre des raubritter ou chevaliers du vol, hommes parfois de bonne naissance, vivant, dans un siècle sans loi, de rapines et de spoliations. De jeunes nobles embrassaient cette carrière avec enthousiasme. Plusieurs y restaient de vulgaires larrons, aussi féroces que rapaces. Quelques-uns jetaient un reflet de chevalerie sur leur triste métier. Certains de ces brigands sont devenus légendaires, tels, Eppenheim, dont la mémoire est restée longtemps vivante en Franconie. On montre ainsi à Nuremberg l'endroit d'un fameux saut qui lui sauva la vie. Les paysans racontent ses exploits, et les ruines de son château se voient toujours à Mougendorf, en Suisse. Après s'être signalé par ses instincts turbulents, Eppenheim de Gailingen forma, dès le jour où il hérita de son père, une de ces bandes de raubritters avec ses amis Rubein de Nenerstein, Fritz de Gattendorf, Albrecht le Terrible et surtout Wof de Wurmstein, surnommé le Loup Terrible. Dès lors il n'y eut plus une route sûre en Franconie; dès qu'une bande de marchands sortait de la ville le peuple l'accompagnait en chantant : Dieu te garde de la dent Du loup féroce de Wurmstein Et de la serre rapace Du vautour de Gailingen. On raconte, que la ville de Nuremberg surtout, peuplée de prêtres, de juifs, de trafiquants, d'usuriers, de bourgeois et de conseillers, était en butte à ses entreprises, Attiré un jour dans un guet-apens par un juif qui voulait lui vendre un cheval indomptable, il s'échappa sur ce cheval en sautant du haut des murs de la ville. En signe de reconnaissance il lui fit faire une bride d'or et laver désormais les sabots avec du vin du Rhin. Quelque temps après il se déguisait en moine pour prêcher dans la cathédrale de Nuremberg, et, après s'être fait connaître en guise de péroraison, disparaissait sans qu'on pû savoir ou il était passé. Une autre fois le bruit de sa présence s'étant répandu à Nuremberg, une troupe d'hommes armés se mit à sa recherche : il se mêla à eux et après leur avoir tenu compagnie s'échappa en les remerciant de l'avoir escorté jusque-là. Le jour des noces du burgrave de Nuremberg il vint assister, déguisé, à la fête, et s'y distingua par son talent d'écuyer; il eut même l'occasion d'y causer avec l'empereur Charles IV, qui se montra fort irrité de la mystification. Mais enfin, attiré dans une embuscade par le juif Jacklein, qu'il avait recueilli dans son château, il fut pris par les Nurembergeois et roué vif sur la grande place de Nemnarkt. Wolf de Wurmstein hérita du commandement, mais la bande se fondit peu à peu; les uns périrent sous l'épée de l'ennemi, les autres sous la hache du bourreau, et les routes de Franconie redevinrent libres pour les voyageurs... Bien sûr la geste d'Eppeinheim rappelle celle de Robin Hood et de ses compagnons de la forêt de Sherwood, et bien d'autres encore. Tout n'est pas nécessairement historique dans ces histoires-là. Mais leur existence, traduit bien une double réalité commune à la plupart des pays européens au Moyen Âge : d'une part, le brigandage est très répandu, et d'autre part, possédait dans certains cas une composante positive dans l'imaginaire populaire. Et l'on pourra faire ce même constat à d'autres époques, avec, par exemple, Cartouche et Mandrin, en France, Jack Sheppard qui remplit Londres du bruit de ses exploits, les frères Frank et Jesse James aux États-Unis, etc. Peut-être l'aura dont on entourait ces dangereux personnages ressortissait-il seulement une forme d'exorcisme contre la peur qu'ils inspiraient, mais peut-être aussi y voyait-on, à tort ou à raison, les incarnations d'une résistance à l'oppression. Là encore, l'histoire regorge d'exemples : Rob Roy en Écosse, Razine en Russie, Francisquete en Espagne, seront à la fois des hors-la-loi et des héros populaires, et l'on sait qu'aujourd'hui encore la bascule terroriste/ résistant relève souvent d'une affaire de point de vue. Au Moyen âge, cependant, le banditisme revêt un caractère particulier. Cette époque est celle de la définition même des Etats européens, celle de l'édification de leur pouvoir et de leur autorité. La notion de légalité, toute présente qu'elle soit, n'est pas perçue comme un repère bien clair; il lui reste à asseoir sa légitimité. Le hors-là-loi et l'auxilliaire de la loi s'opposent sans doute à certains moments, mais se confondent aussi très souvent à d'autres. Ce balancement traversera toute cette période, jusqu'à ce qu'à la Renaissance, les bandes soient progressivement dissoutes ou absorbées par les pouvoir centraux. -> suite
Dernière édition par le Ven 4 Fév - 18:37, édité 4 fois |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:32 | |
| Aspects de la criminalité médiévaleLes ribauds. Rien ne montre sans doute mieux la confusion des genres qui régnait au Moyen âge que le terme de ribaud, avec sa signification fluctuante. On a très probablement exagéré parfois les pouvoirs de et personnage mal défini qui prenait le titre de sergent d'armes du roi : il aurait en droit de vie et de mort sur ceux qui causaient des troubles, percevait les amendes qu'il infligeait, avait aussi sa part dans le butin rapporté par les ribauds et s'attribuait même un droit sur les prisonniers de guerre, mais il prélevait certainement, en tout cas, des redevances sur les maisons de jeu, les tavernes et les filles publiques et avait, comme chargé de l'exécution des criminels, les vêtements des exécutés. Dès le XIIIe siècle, le sens le plus défavorable s'attache au mot ribaud, et les ordonnances de saint Louis traitent de ribaudes les filles de joie. Le nom de ribaud était alors souvent donné aux trouvères et on l'appliquait aussi aux portefaix. On en arriva à désigner ainsi les vagabonds excommuniés et à confondre avec eux les truands. Des clercs même étaient appelés clercs-ribauds. Nu comme un ribaud devint un proverbe. Quant au roi des ribauds, ce n'était plus, au XIVe siècle tout au moins, qu'un officier inférieur de la maison du roi, ayant certaines fonctions de police. Il est invraisemblable qu'il ail, en, à proprement parler, des pouvoirs judiciaires; de même qu'on ne doit pas l'identifier avec le prévôt de l'hôtel, on ne peut non plus prétendre que les prévôts des maréchaux aient hérité d'une partie de ses attributions. Mais il paraîtait que ce fut la « dame des filles de joie suivant la cour » qui lui succéda dans la charge qu'il aurait eue d'héberger les filles publiques. Le dernier roi des ribauds date vraisemblablement du temps de Louis XII. A la décadence progressive de cet office correspond une diminution dans les gages qu'il com portait; de 20 sous par jour en 1324, ils ne sont plus que de 4 sous en 1386. Il avait au-dessous de lui un lieutenant dit prévôt avec un certain nombre d'archers ou de sergents et de valets. Quelques-unes de ses attributions sont peu certaines aussi, en tant qu'elles auraient appartenu à l'officier de la maison du roi. et non à tel ou tel des autres rois de ribauds, car il y en eut dans des villes ou des maisons princières. et l'on a même dit qu'ils relevaient de l'officier royal : ainsi le droit de percevoir 5 sous d'or de toute femme adultère, celui de faire faire son lit par les filles de cour pendant le mois de mai. L'étude de ces attributions est liée à l'histoire do la prostitution, et ce fait que le bourreau de Toulouse s'intitulait roi des ribauds suffit à prouver que le mot ribaud était discrédité de plus en plus. L'exécuteur des basses oeuvres Au Moyen âge, comme dans l'Antiquité, rien en général n'est fixe ni sur les attributions ni sur la permanence de l'office de l'exécuteur. On agit selon les circonstances : parfois on emploie des soldats pour l'exécution des criminels, parfois on a affaire à d'anciens criminels reconvertis, parfois, comme en Russie et en Allemagne, le juge lui-même se charge d'éxécuter sa sentence! Ou bien aussi, on rencontre d'étranges coutumes : à Reutlingen (Souabe), c'est le dernier reçu des conseillers qui remplit l'office de bourreau; en Franconie, c'est le plus récemment marié; au Danemark, c'est l'officier royal ou même le plaignant. Chez tous les peuples de l'Europe médiévale, le bourreau est considéré comme infâme; il inspire la terreur; on ne lui permet pas d'habiter à l'intérieur des villes. En Espagne, il porte un costume spécial et très apparent : large sombrero brodé d'une échelle blanche, veste de drap tabac à lisérés rouges, pantalon de même étoffe, ceinture jaune; sa maison est peinte en rouge. Aussi arrive-t-il (le fait s'est produit souvent en France) que le poste devenant vacant, on est contraint, pour y pourvoir, de grâcier des criminels condamnés qui, en échange de la vie et de la liberté, acceptaient les fonctions d'exécuteur. En France, le roi était le seul qui eût des exécuteurs en titre d'office. Les seigneurs qui avaient le droit de haute justice n'avaient cependant pas de bourreau; ils faisaient venir celui de la ville la plus voisine de leur résidence. Les villes payaient l'exécution. En 1400, il coûtait 10 sols tournois à Evreux pour faire pendre un criminel; à Meaux 9 sols pour couper une oreille. En 1420, le maître exécuteur de la haute justice du roi à Rouen, Guiffrey Therage, réclame 20 sols pour avoir décapité un homme, 10 pour l'avoir pendu, 5 pour l'avoir traîné, 2 pour sa claie et 12 pour des gants, soit 49 pour l'exécution. En 1432, Jehan Regnault, maître des basses oeuvres à Lisieux, demande 73 sols 4 deniers pour ses peine et salaire d'avoir exécuté deux brigands. On pourrait multiplier ces exemples. En somme, les bourreaux demandaient ce qu'ils voulaient. Outre leurs émoluments en argent, ils touchaient des redevances en nature. Par exemple, ils jouissaient du droit de hâvage qui consistait à prendre de toutes les céréales exposées en vente sur les marchés autant que sa main en pouvait contenir. La prostitution et le proxénétisme. La plus ancienne législation médiévale remonte à Charlemagne. Comme celles qui suivront, elle est inspirée par l'idée directrice qui était déjà à Rome, celle de Justinien : réprimer les excès de la prostitution, mais la tolérer parce que sa suppression pourrait causer de plus graves inconvénients que son maintien. C'est en 800, Charlemagne ordonne que les femmes de mauvaise vie seront punies de la flagellation et que le propriétaire de la maison qui aura donné asile à une prostituée sera condamné à porter cette femme à son cou depuis sa maison jusqu'à la place du marché public. Louis IX fit une guerre active à la prostitution : les femmes publiques devront être chassées, des villes et de la campagne, leurs biens seront confisqués, ceux qui leur auront loué sciemment leurs maisons les perdront (ordon. de 1254) ; les ribaudes, les folles femmes seront mises hors des églises et cimetières (ordon. de 1256). Seulement, les ribaudes ainsi poursuivies prirent des allures de modestie et feignirent à tel point les dehors des honnêtes femmes qu'on dut défendre celles-ci contre les méprises et scandales que cette confusion produisit... Les prostituées durent se confiner dans les « bordeaux »; le prévôt de Paris (1360) leur défendit de porter les mêmes ornements de corsage et les mêmes manteaux que les femmes honnêtes; une autre ordonnance (18 septembre 1367) indiqua comme bordeaux tolérés les lieux publies de l'Abreuvoir-Macon, de la Boucherie, de la rue du Froidmantel, du clos Bruneau, de la cour Robert de Paris, de la rue Chapon, etc. Les proxénètes furent vigoureusement poursuivis : il fut interdit « à toutes personnes de l'un et de l'autre sexe de s'entremettre, de livrer ou administrer femmes pour faire péché de leur corps, à peine d'être tournées au pilori, marquées d'un fer chaud et chassées hors la ville » En province on était parfois encore plus sévère qu'à Paris. Ainsi à Toulouse (1369) les filles de joie étaient forcées de porter une marque sur leurs habits. Mais toutes les réglementations du monde ne sont jamais si exactement calculées qu'elles ne fournissent des échappatoires. L'abondance même des documents émanés de la prévôté de Paris le prouve jusqu'à l'évidence. Le Parlement dut s'en mêler sans plus de succès. En 1420, il défendit aux filles et femmes de mauvaise vie de porter des robes à collets renversés et à queues traînantes, ni aucune fourrure de quelque valeur que ce soit, des ceintures dorées, des couvre-chefs, des boutonnières au chaperon, sous peine de confiscation, d'amende et de prison; arrêté renouvelé en 1426 et complété cette fois par cette explication : « Attendu que ce sont les ornements que portent les damoiselles ». A la Renaissance, on fera davantage. Un édit de 1560 abolira totalement les mauvais lieux. Mais il n'eut d'autre conséquence que la dissémination des prostituées dans une multitudes de maisons privées, clandestines, et sources de notables profits pour leurs propriétaires. |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:40 | |
| Les Grandes compagniesLes compagnies étaient des troupes d'aventuriers, soldées par les princes en temps de guerre, et vivant de pillage et de rançons en temps de paix ou de trêve. Au Moyen âge, elles apparurent dès que les suzerains, ne trouvant plus les ressources humaines suffisantes dans leurs contingents féodaux, commencèrent à payer des bandes de soudoyers, formées par le hasard, la misère, l'habitude des guerres privées ou le goût des aventures. Les premières bandes de ce genre, en France, sont signalées par Suger à l'époque de la croisade de Louis VII, au milieu du XIIe siècle. Ce sont des Aragonais, Basques, Navarrais, Mainades, Triavordins, Paillards, Brabançons, Cotereaux et Routiers. L'empereur Frédéric Barberousse, Henri II et Richard Ier, roi d'Angleterre, en prirent à leur solde. En vain, l'Eglise lança contre ces routiers ses plus redoutables anathèmes (Concile de Latran, 1179). Plus efficace fut la résistance spontanée des paysans du centre et du midi du royaume : ainsi se forma, grâce à l'initiative d'un obscur artisan d'Auvergne, durant, la puissante association des confrères de la Paix de Marie (Capuciati, Pacifici, etc.). Ses succès furent considérables; à Dun-le-Roi, douze mille routiers restèrent sur le champ de bataille. La confrérie avant succombé sous les coups des seigneurs, les compagnies pillardes reparurent; elles se mirent au service des rois d'Angleterre et de France, Richard Coeur de Lion et Philippe-Auguste; leurs chefs étaient, du coté français, Codoe, seigneur de Gaillon; du côté anglais, Algaïs, Louvart, Mercadier. Mercadier surtout fut le compagnon inséparable du roi Richard dans les guerres d'Aquitaine (1183-1199) et le confident de ses dernières heures. Les routiers prirent encore part, au XIIIe siècle, aux guerres des Albigeois dans les armées de Simon de Montfort et de Raymond de Toulouse. Les grandes guerres du XIVe siècle virent reparâtre les bandes errantes : ce fut surtout pendant la longue lutte de la France contre l'Angleterre, dite guerre de Cent ans. A la faveur des invasions anglaises, des soudoyers au compte d'Edouard III occupèrent un grand nombre de lieux fortifiés du plat pays de France. De plus, le 1er août 1359, le roi de Navarre, Charles le Mauvais, s'allia au roi d'Angleterre contre Jean II; des bandes navarraises se joignirent désormais aux bandes anglaises. Lorsque la paix fut faite à Brétigny et à Calais (1360), toutes les compagnies se trouvèrent livrées à elles-mêmes; n'étant plus soldées, elles restèrent établies dans les châteaux qu'elles occupaient, malgré les stipulations du traité (Traité de Calais, articles 27 et 28), continuant à faire des prisonniers et à ravager les campagnes. S. Luce (Hist. de Bertrand Du Guesclin, ch. x) a décrit l'existence ordinaire de ces compagnies du XIVe siècle. Elles étaient composées des éléments les plus variés, gens d'origine et de nationalité différentes, ignorants et grossiers, cruels envers les prisonniers qui ne pouvaient payer rançon, aimant le luxe, les habits grotesques, les pays plantureux; leurs plaisirs étaient les repas copieux, le viol et la lutte. La compagnie faisait un tout complet avec ses équipages, ses ouvriers, clercs, médecins, cuisiniers, brocanteurs. Lorsque les chefs étaient fatigués de leur vie incertaine et vagabonde, ils entraient au service du roi de France, comme l'archiprêtre Arnaud de Cervole. Parmi les chefs les plus fameux, on peut citer les Anglais Robert Knolles, Jean Jouël, Jean Hakwood, le Wallon Eustache d'Auberchicourt, etc. Les pays où ils séjournaient de préférence étaient les pays riches où les pâturages étaient beaux et le vin abondant : Normandie, Ile-de-France, Bourgogne, Bas-Languedoc, etc. Froissart a laissé sur les principaux chefs des récits pleins de pittoresque, dont le plus connu est celui de la vie de Mérigot Marchès. Ces compagnies restèrent presque toutes dans le royaume tant que dura la paix (1360-1369). En Normandie, les bandes installées dans les abbayes fortifiées et les châteaux furent vivement attaquées et poursuivies par Bertrand du Guesclin, qui finira par en venir à bout, au moins pour quelque temps. Avant qu'il n'y parvienne, cependant, en Bourgogne et en Lyonnais, plusieurs compagnies se réunirent sous le nom de Grande-Compagnie de Tard-Venus. Les Tard-Venus. On appelle ainsi des gens de guerre licenciés après le traité de Brétigny (8 mai 1360), qui désolèrent une grande partie de la France. Ces soudards, tant Français qu'étrangers, Bretons, Gascons, Anglais, Allemands, Brabançons, Navarrais, etc., ne pouvant plus vivre de leur métier pendant la paix, se répandirent dans la plupart des provinces, portant de tous côtés le pillage, la dévastation et le meurtre. Ceux qui ravagèrent la Champagne, la Bourgogne et le Lyonnais furent nommés les Tard-Venus, c.-à-d. venus après d'autres. Ils formèrent la plus connue des Grandes Compagnies, composée de plusieurs bandes, dont l'effectif s'éleva jusqu'à 15 000 hommes. Sous la conduite de Séguin de Badefol, seigneur gascon, et de Petit Meschin, aventurier de basse naissance, ils prirent Joinville (25 décembre 1360), envahirent la Bourgogne, le Forez, le Lyonnais, s'emparèrent du Pont-Saint-Esprit, menacèrent le pape à Avignon et parcoururent encore tout le pays de Lyon à Tarascon et de Tarascon à Perpignan. Dans le Languedoc. Ils s'emparèrent aussi des châteaux de Rive-de-Gier et de Brignais, d'où ils menacèrent Lyon (1362). Le comte de Tancarville, lieutenant général du roi dans les pays de Champagne, Bourgogne et Forez, Jacques de Bourbon, comte de La Marche et son fils, Pierre de Bourbon, réunirent un grand nombre de seigneurs et s'avancèrent jusqu'à Brignais, à 10 kilomètres au Sud de Lyon, où ils rencontrèrent les Tard-Venus, qui leur infligèrent une sanglante défaite (6 avril 1362). Beaucoup de seigneurs, notamment le comte de Forez, furent tués; Jacques et Pierre de Bourbon, moururent, quelques jours après, de leurs blessures; le comte de Tancarville, le fameux Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre, etc., furent pris dans cette désastreuse journée. Les Tard-Venus étendirent ensuite leurs déprédations jusque dans la Franche-Comté et l'Auvergne, où Séguin de Badefol s'empara de Brioude (septembre 1363). L'année suivante on le retrouve dans le Lyonnais, où il prit encore Anse (entre Lyon et Villefranche), le 1er novembre 1364, qu'il rendit en 1365, après un arrangement obtenu par Urbain V, moyennant 40 000 florins et l'absolution. C'est de cette époque que datent aussi les premières tentatives pour détourner les Compagnies vers d'autres pays. Déjà en 1361, le marquis de Montferrat avait ainsi voulu en appeler quelques-unes en Italie; ce furent les mêmes qui, en Provence, reconnurent pour roi de France le Siennois Giannino Gucci, prétendu fils de Louis X (Jean Ier). et, en 1362, le maréchal d'Audreliem signa un traité à Glermont avec don Enrique de Transtamare, bâtard d'Alonzo VI et prétendant au trône de Castille, qui devait emmener en Espagne les routiers du Bas-Languedoc. Urbain V espéra vainement encore, en 1362, en faire partir une partie pour la croisade. En 1363, le pape et Charles V tentèrent, toujours sans succès, d'expédier les compagnies au roi de Hongrie pour faire la guerre aux Turcs. Bertrand du Guesclin fut plus heureux : avec l'aide et l'argent du roi, il réunit à Châlons des compagnies de Normandie, Champagne, Bourgogne, et se mit à leur tête; à Avignon, il força le pape à donner de l'argent et à lever l'excommunication prononcée contre les routiers dès le 27 mai 1364. Puis cette armée passa les Pyrénées et vint en Castille combattre don Pedro le Cruel et installer à sa place don Enrique. Licenciées après la fuite de don Pedro, les compagnies étaient retournées au Nord des Pyrénées, et recommençaient leurs pillages jusqu'à la Loire, quand elles furent réunies de nouveau, mais cette fois par le prince de Galles qui, parti de Bordeaux, allait rétablir don Pedro sur le trône de Castille. Don Enrique et du Guesclin furent battus par leurs soldats de l'année précédente à Navarette (3 avril 1367). Une troisième expédition fut faite en 1368 : Du Guesclin y conduisit encore des routiers du Languedoc et d'Auvergne; elle aboutit, en août, à la bataille de Montiel qui restaura définitivement le pouvoir de don Enrique. Ces allées et venues, tout en soulageant le royaume, ne suffirent pas à le délivrer. Mais, dès l'année suivante (1369), la guerre étant rouverte entre la France et l'Angleterre, les compagnies trouvèrent à qui offrir leurs services. Des faits analogues se produisirent lorsque, pendant les trêves qui occupèrent la première partie du règne de Charles VI, un grand nombre d'hommes d'armes demeurèrent sans ressources sur le plat pays. Durrieu (Les Gascons en Italie) a raconté avec vivacité les efforts faits par des chefs gascons, Jean III et Bernard d'Armagnac, Bernard de la Salle, pour entraîner les nouvelles bandes en Italie et les utiliser dans les guerres perpétuelles que se faisaient les papes, les Visconti Milan, les républiques de Sienne et de Florence ou les prétendants au royaume de Naples, à la fin du XVe siècle. |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:48 | |
| La Compagnie blanche. La Compagnie blanche, commandée par le célèbre John Hawkwood, dit Jean Acuto, pendant une trentaine d'années au XVe siècle était autre ce ces Compagnies. Il s'agissait une bande d'aventuriers anglais qui servit tour à tour le pape, les princes et les républiques d'Italie. La paix de Brétigny, jurée à Paris le 10 mai, par le régent, au nom du roi de France, et le 10 mai 1359 par le prince de Galles, au nom du roi d'Angleterre, avait laissé sans engagement un grand nombre de compagnies anglaises, qui, mécontentes de la paix, continuaient de parcourir le pays et de rançonner les paysans et les bourgs. Le marquis de Montferrat, ayant été abandonné par la Grande-Compagnie que commandait Anéchino de Bargardo, alors qu'il soutenait la guerre que lui faisait Galéas Visconti, et ne sachant à qui s'adresser en Italie, fit marché avec l'une des bandes anglaises qui dévastaient la France. Cette compagnie, connue de l'autre côté des Alpes sous le nom de Compagnie blanche anglaise, était alors commandée par Albert Sterz. Philippe Villani, un historien contemporain, parle ainsi des aventuriers qui composaient la Compagnie blanche : « Ardents et cupides, familiarisés au meurtre et à la rapine, ils étaient prompts à saisir le fer, car ils se souciaient peu de leurs personnes; mais, quand il s'agissait de combattre, ils s'empressaient d'obéir à leurs chefs, bien que dans les campements, à cause de leur audace imprudente, ils se dispersassent sans ordre, de manière à recevoir facilement de gens courageux dommage et honte. Leur armure se composait d'une cuirasse, de brassards, de cuissards, de jambières, de dagues et d'épées solides, d'une lance, armes dont ils se servaient volontiers, même à pied, et chacun d'eux avait un ou deux pages, selon ses ressources. Aussitôt qu'ils avaient déposé leurs armes, les pages s'occupaient de les polir, de telle sorte que, au moment de la lutte, elles brillaient comme des miroirs, ce qui donnait aux guerriers un aspect plus redoutable. D'autres étaient archers, avec des arcs d'ifs et longs; toujours prêts à obéir; ils maniaient cette arme avec une grande habileté. En général, ils combattaient à pied et donnaient aux pages leurs chevaux à garder; ils se formaient en files presque rondes, et tenaient la lance par le milieu, comme on le fait avec les pieux pour attendre le sanglier. Ainsi disposés et serrés, ils s'avançaient à pas lents, lances basses, contre l'ennemi en poussant des cris terribles, et il était difficile de pouvoir les rompre. Comme l'expérience le démontre, ils étaient plus propres à chevaucher de nuit et à piller qu'à tenir la campagne, plus heureux par la ldcheté des Italiens que par leur courage. Ils avaient des échelles composées de plusieurs morceaux, dont le plus grand était de trois échelons, et tous s'adaptaient l'un à l'autre à la façon d'une pompe, de manière qu'ils seraient montés sur la plus haute tour. » Telle était la bande anglaise dont Acuto devint le chef quand Bogardo, qui s'était unie à elle, s'entendit avec Sterz pour former une autre compagnie sous le nom de Compagnie de l'Etoile. Sous la direction d'Acuto, la Compagnie blanche, qui avait déjà détruit cinquante-trois forteresses, devint une bande de furieux, pillant et saccageant les villes ennemies et souvent aussi les villes alliées, violant les femmes et égorgeant jusqu'aux enfants qu'ils embrochaient avec leurs lances et qu'ils portaient ainsi au milieu des cités terrifiées. Comme les autres chefs de bandes, Acuto vendait ses services au plus offrant et trahissait celui qui le payait quand un autre venait lui proposer une somme plus forte. En 1363, on le trouve secondant Barnabas Visconti et se faisant accorder la main de Donnina Visconti. La Compagnie blanche comprenait alors cinq cents cavaliers et deux mille fantassins. A leur tête, Acuto, que Barnabas Visconti avait envoyé au secours de Pise que les Florentins bloquaient, dévasta la campagne, s'avança jusque sous les murs de la ville ennemie et fit pendre devant ses portes trois ânes avec les noms de trois magistrats florentins. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à s'emparer de la ville, et fut même obligé de s'enfuir. De retour à Pise, ne pouvant obtenir des magistrats pisans la dernière solde due à ses compagnons, il fit promettre à Jean Agnello de leur compter le montant de l'arriéré et le fit proclamer doge. La paix signée, Acuto ne tarda pas à se brouiller avec les Visconti qui avaient plusieurs fois tenté de le faire assassiner. En 1371, trouvant l'occasion de se venger d'eux et de piller encore, il s'engage dans la ligue du pape Grégoire Xl contre les Visconti et les bat sur le Penaro (5 janvier 1372) et à Chiesi (8 mai 1372); puis, poussé par le pape, il dévaste la Toscane, pillant tout sur son passage. Trahissant la cause du pape, il vend aux Florentins 130 000 florins son inaction et refuse de marcher contre eux; ne pouvant lui offrir une pareille somme pour l'amener à rentrer en Toscane, Grégoire XI lui confie la pacification de la Romane qui vient presque tout entière de se déclarer contre lui. Acuto donne à sa compagnie le nom de Sainte et dévaste la Romagne sous couleur de religion. En 1376, l'évêque d'Ostie l'appelle à son secours et le charge de résister à Manfred, mais en lui déclarant ne pouvoir le payer par avance; Acuto se fâche, fait arrêter trois cents des principaux citoyens de Faenza, en bannit onze mille autres, et abandonne les femmes et la ville aux soldats. Ces excès commis, Jean Acuto vendit la ville au duc d'Este, moyennant 40 000 florins, puis la lui reprit pour la donner à Manfred qui, moyennant la possession de Faenza, Bagnocavallo et Castrocaro, s'engageait à servir le pape. Mais le pape rêvait d'écraser Florence. Il lance de nouveau la Compagnie blanche en Toscane et donne à Acuto deux compagnons dignes de lui, le légat Robert de Genève et le Breton Malestroit. De nouveau les villes sont mises à feu et à sang; on égorge les habitants de dix cités et le viol est commis sur les places, à la vue des soldats ivres et fous, puis les victimes sont pendues. Césène devint la proie des flammes et les femmes, nues, souillées, mourant de faim, sont exposées à la fureur des aventuriers. Acuto, pris de pitié, parlait de faire cesser le massacre, mais le légat, refusant, s'écriait : « Du sang, je veux du sang! égorgez tout le monde sans épargner personne! » Les troubles de Naples lui offrirent un nouveau champ à exploiter. C'est, dit-on, par les conseils d'Acuto que Charles III laissa se fondre d'elle-même, par la famine, l'armée du compétiteur que le pape lui avant suscité. En 1382, nous trouvons Jean Acuto servant, conjointement avec Antoine de la Scala, la république de Venise, et portant la désolation jusqu'aux portes de Vérone et de Vicence. En 1387, nous retrouvons la Compagnie blanche et son chef aidant François Ier de Carrare, seigneur de Padoue, contre son ancien compagnon Antoine de la Scala et contre les Vénitiens dont il avait abandonné la cause. En 1390, dans la guerre de Florence et de Bologne contre Visconti, Acuto eut à combattre un autre condottiere célèbre, Jacques del Verme, à la solde des Visconti. Il s'avança jusqu'à Brescia et à quatre milles de Milan, et se proposait d'attaquer cette ville, lorsque la défaite de son auxiliaire, le duc d'Armagnac (25 juillet 1391), l'obligea de se retirer dans la plaine véronaise. Comme il avait établi son camp sur le sommet d'une colline, Jacques de Vérone ouvrit les digues de l'Adige et transforma la colline en une île, puis il lui envoya par raillerie un renard enfermé dans une cage. « Le renard trouvera bien le moyen de sortir du piège », répondit Acuto. En effet, il découvrit un gué, marcha dans l'eau un jour entier et réussit à mettre son armée, alors forte de 6000 hommes, en sûreté. Florence lui payait alors 2000 florins par an, l'exemptait d'impôts lui et son fils, donnait de riches dots à ses trois filles et assignait un douaire à sa femme. A sa mort, qui survint en 1394, on lui fit des obsèques de prince, un mausolée lui fut érigé à Sainte-Marie des Fleurs et le roi d'Angleterre réclama ses cendres. Le portrait d'Hawkwood a été peint par Paolo Uccello, sur une des parois intérieures de la cathédrale de Florence (Sainte-Marie des Fleurs). Les Ecorcheurs. Au siècle suivant, les ravages des compagnies recommencèrent en France, grâce à la reprise active de la guerre anglaise et à la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne. Dès 1411 et 1412, le Nord et le Centre sont parcourus par des bandes armées, d'origine diverse, la plupart étrangères. Dans le Midi, en Languedoc, en Gévaudan, Auvergne, Velay, les routiers n'avaient jamais disparu ; les guerres privées, plus fréquentes dans cette partie du royaume, contribuaient à les y maintenir. Sous Charles VII, au temps de l'occupation anglaise et de Jeanne d'Arc, les compagnies devinrent plus fortes que jamais; on y comptait des Anglais, des Français, beaucoup d'Espagnols et d'Allemands. Parmi les chefs espagnols, le plus célèbre fut Rodrigue de Villandrando, de Castille, dont Jules Quicherat a raconté les courses des bords du Rhône à ceux de la Garonne, et de l'Ebre à la Marne. A côté de lui, il faut citer des capitaines du roi comme Saintrailles et La Hire, le bâtard de Bourbon, Antoine de Chabannes, Jean de Salazar, Floquet, Forte-Espice, Tempeste, etc. Les plus terribles furent à l'Est du royaume, en Champagne, Lorraine et Bourgogne, les Ecorcheurs, dont les cruautés furent inouïes. Ces gens de guerre exercèrent dans toute la France un véritable brigandage. On pourrait sans doute donner ce nom aux bandes de mercenaires, grandes compagnies, armagnacs, routiers, qui, pendant toute la guerre de Cent ans, commirent partout les plus horribles ravages; mais il s'applique particulièrement aux aventuriers qui, de 1435 à 1445, se signalèrent par une recrudescence de déprédations et de férocité. Après le traité d'Arras (20 septembre 1435), quand il fallut évacuer les places rendues au duc de Bourgogne, les garnisons de la Champagne licenciées par le connétable de Richemont formèrent des bandes qui s'associèrent bientôt avec d'autres pour le pillage et le butin. Le pillage, la dévastation, l'incendie, le viol, le meurtre marquaient partout le passage des écorcheurs. Après eux venaient encore les retondeurs, ainsi nommés parce que « ils retondoient tout ce que les premiers croient failly de happer » (O. de La Marche). Ni les ordonnances royales, ni la sévérité, pourtant si redoutée, du connétable, ne purent même atténuer le mal. La résistance des écorcheurs fut, avec celle de la féodalité, le principal obstacle aux réformes militaires si ardemment réclamées par les Etats généraux de 1439, et la principale cause de la Praguerie (1440). Quand la trêve de Tours (20 mai 1444) suspendit les hostilités entre la France et l'Angleterre, le péril devint encore plus menaçant. Lorsque Charles VII eut reconquis la plus grande partie de son royaume et son gouvernement recouvré sa force et sa régularité, d'efficaces mesures furent prises pour délivrer la France des compagnies. Le dauphin, le roi lui-même, en emmenèrent une partie, l'un en Suisse, combattre les cantons au profit de l'empereur Frédéric Ill, l'autre tenter de soumettre Metz révolté contre René d'Anjou. Ce qui fut le plus utile, ce furent les ordonnances et lettres contre le brigandage ou pour le paiement régulier de la solde, des 5 avril, 19 septembre, 22 décembre 1438, surtout la Pragmatique sanction du 2 novembre 1439, sur l'organisation des troupes royales. L'exécution fut immédiate et énergique en Lorraine, dans le centre, en Anjou, en Bretagne, aux environs de Paris, etc. Enfin une ordonnance, publiée à Nancy au commencement de 1445, acheva cette oeuvre réparatrice : la meilleure partie des compagnies qui restaient forma le premier élément des compagnies ordonnances; le reste fut congédié et mis hors du royaume. On était désormais proche de la fin des bandes des routiers. Cependant, en France, l'entreprise de leur intégration aux armées régulières occupera encore toute la Renaisssance.
Dernière édition par le Sam 5 Fév - 19:20, édité 1 fois |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:49 | |
| L'enrégimentation des bandes En 1480, Louis XI réunit les bandes à son service au camp de Pont-de-l'Arche, les fait exercer et discipliner par des Suisses et les envoie garder ses provinces nouvellement acquises, l'Artois et la Picardie. C'est là l'origine des bandes de Picardie qui doivent former plus tard le régiment de ce nom, le plus ancien de l'infanterie française. Nous voyons ensuite d'autres bandes guerroyer à la solde des Fraçais en Italie. Louis XII, dans une ordonnance du 15 janvier 1508 « pour la conduite des gens de pied en l'armée de delà les monts », prescrit de n'admettre sous les enseignes de l'armée d'Italie que « gens de bien et bons compagnons de guerre », et, peu de temps après, les bandes de Piémont peuvent être comparées aux bandes de Picardie. L'armée de Marignan contient huit bandes ou enseignes formant ensemble 4000 hommes. En 1521, François ler, dit Martin du Bellay dans ses Mémoires, partage son royaume en quatre gouvernements et les bandes françaises forment quatre groupes principaux bandes de Picardie, Champagne, Guyenne et Piémont. Ces troupes, levées avec une certaine régularité, présentent une discipline satisfaisante, mais à côté d'elles on voit se former, en temps de guerre, d'autres bandes irrégulières qui renouvellent volontiers les exploits des routiers et des malandrins du Moyen âge. Brantôme a laissé du type de ces aventuriers un portrait bien connu, mais trop curieux et trop pittoresque pour que nous l'omettions ici. « Habillez plus à la pandarde vraiment, comme l'on disait de ce temps, qu'à la propreté; portants des chemises à longues et grandes manches, comme Bohêmes de jadis et Mores, qui leur duraient vestues plus de deux ou trois mois sans changer [...]. Montrants leurs poictrines velues et pelues et toutes descouvertes, les chausses plus bigarrées, dechicquetées et balafrées, usant de ces mots; et la pluspart montroient la chair de la cuisse, voire des fesses [...]. C'estoient, la pluspart, gens de sac et de corde, méchants garnements, échappez à la justice, et surtout force marquez de la fleur de lys sur l'espaule, essorillez et qui cachoient les oreilles, à dire vray, par longs cheveux hérissez, barbes horribles, tant pour ceste raison que pour se montrer effroyables à leurs ennemis. » Pour arrêter les exactions de ces dangereux auxiliaires, François ler, dans un édit, en 1523, prononce la peine de mort contre quiconque lèvera des gens de guerre sans la permission du roi et livre à la merci de qui pourra les prendre : « ces aventuriers, gens vagabonds, oiseux, perdus, meschants, flagitieux, abandonnez à tous vices, larrons, meurtriers, faits pour nuire à chascun, lesquels sont coustumiers de manger et dévorer le peuple, battre, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison. » Deux autres ordonnances sont rendues en 1527 et 1543 pour le même objet. Ces mesures sévères atteignent leur but, et Brantôme peut dire « qu'il s'est vu sortir de très bons soldats de ces goujats ». Le nom de vieilles bandes fut revendiqué par les bandes de Picardie et de Piémont, dès l'année 1535, comme un honneur. A Cerisoles, en 1544, ce sont les vieilles bandes de Piémont qui, se portant à une charge vigoureuse sous leur colonel M. de Taix, décident de la victoire. Deux ans plus tard, le 5 mai 1542, Charles de Cossé-Brissac avait été placé à la tête de celles de ces vieilles bandes envoyées pour combattre en Roussillon. En 1549, devant Boulogne, le connétable de Montmorency a sous ses ordres 32 vieilles bandes de Picardie et de Piémont et 40 nouvelles bandes. L'effectif des bandes était éminemment variable suivant la renommée du chef, les chances heureuses que l'on supposait à la campagne entreprise, etc. Voici, d'après le général Susane, quelle était la formation tactique de la bande : « Un carré plein, les piquiers au centre, les arquebusiers à l'extérieur, le capitaine en avant, le lieutenant en serre-file et l'enseigne au premier rang des piquiers. Quand le combat s'engageait, les piquiers s'arrêtaient et les arquebusiers, dirigés par le lieutenant, s'éparpillaient en tirailleurs. Si l'action devenait sérieuse, les arquebusiers se retiraient derrière les piquiers, et ceux-ci soutenaient l'attaque en croisant le fer de leurs piques ou s'élançant à la charge sans rompre leurs ordonances. » Les bandes marchaient au son du fifre et, à partir de 1534, à celui du tambour. Elles possédaient comme cadre : un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un caporal ou cap d'escouade par 25 hommes, douze lances-pessades et quatre paiesroyales. On appelait de ces derniers noms des gentilshommes sans fortune qui ne pouvaient se fournir de ce qu'il fallait pour combattre à cheval. Ils servaient alors dans l'infanterie où ils jouissaient de certains privilèges. Bien qu'il soit question encore des bandes dans les ordonnances de 1578 et de 1598, leur existence se termine virtuellement à la fin du règne de Henri II, lorsqu'apparaissent les premiers régiments. Prolongements. Si nous voulions achever l'histoire de tous ces auxiliaires embrigadés par le fanatisme politique ou religieux, qui exerçaient le pillage au son des Te Deum ou des chansons populaires, les francs-museaux, les lipans, les fressuriers, les faucheurs, il faudrait poursuivre jusqu'au XIXe siècle, en France, et même jusqu'à nos jours dans de très nombreux pays (voyez votre quotidien habituel). Chemin faisant, nous rencontrerions plus d'une fois les bandits de grand-route, et sans doute serions nous tenté par un détour par cette Cour des miracles, décrite par Victor Hugo, qui y a placé l'une des scènes les plus dramatiques de Notre-Dame de Paris. Celle-ci était au XVIe siècle l'asile d'un grand nombre de malfaiteurs; une de leurs bandes les plus redoutées était celle des frères de la Samaritaine, du nom de ce monument à carillon, situé sur le Pont-Neuf, qui était leur rendez-vous habituel. Leur chef, nommé Forestier, malgré de nombreux crimes, avait toujours réussi à se soustraire à la justice, quand il fut attaqué dans une auberge par le chien d'une fermière qu'il avait assassinée; il fut reconnu et rompu vif. |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Ven 4 Fév - 18:49 | |
| La Cour des miracles. On désignait jadis sous le nom de Cour des Miracles les quartiers de Paris exclusivement habités par les innombrables mendiants qui y rentraient, le soir venu, faire disparaître comme par miracle les infirmités ou les plaies qu'ils avaient exposées pendant la journée à la charité des passants. La plus fréquentée parmi les cours des miracles formait un vaste enclos circonscrit par les rues actuelles d'Aboukir, des Petits-Carreaux, qui lui servait d'accès, Saint-Sauveur et Saint-Denis. Son existence se prolongera bien au-delà du Moyen âge. On ne retrouve évidemment plus aujourd'hui l'aspect si pittoresque et si hideux à la fois de la Cour des miracles d'autrefois dans le quartier dont nous venons d'indiquer les limites, mais au début du XXe siècle, une cour, située dans la rue de Damiette, portait encore administrativement le nom de Cour des miracles. Nous ignorons si elle existe toujours. A la même époque des déserteurs et des soldats congédiés formaient l'association des rougets et des grisons. Sous les ordres du sieur de la Chenaye ils furent Ion temps la terreur des environs de Paris, et notamment de la forêt d'Orléans. Plus célèbres encore étaient à ce moment les trais frères Guilleri. Issus de bonne famille, après avoir servi au temps de la Ligue, sous le duc de Mercœur, ils recrutèrent une troupe de voleurs avec laquelle ils parcoururent le Lyonnais, la Guyenne et la Saintonge, le Maine, l'Anjou, etc. Leur quartier général était un château qu'ils avaient bâti eux-mêmes à quelque distance de Nantes, dans la forêt de Machecoul. Le prévôt de Rouen avant tenté de donner assaut, sept archers furent pris et pendus; le prévôt de Nantes fut plus heureux; il captura, en effet, deux des frères Guilleri, mais le plus jeune réussit à s'échapper; enfin, le gouverneur de Niort attaqua Machecoul avec deux pièces de grosse artillerie, et mit fin à cette horde de bandits. (A. Lecler / A. Coville / E. Cosneau / M. Barroux / F. B.). |
|  | | Candiac1er Bleu-bite


Nombre de messages: 6 Localisation: Joinville Date d'inscription: 01/03/2005
 | |  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Jeu 17 Mar - 21:55 | |
| superbe travail de ta part, bien documenté et tres sympa a lire, je rejoins candiac 1er comme quoi on peux jouer et s'instruire merci @+ |
|  | | Alsbo Administrateur


Nombre de messages: 440 Localisation: Clermont Emploi à la caserne: Pair Date d'inscription: 04/02/2005
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Lun 26 Sep - 12:47 | |
| L'invité ce fut moi, mais des raisons techniques m'ont anonymé. _________________ Pair pépère ~ L'innocence n'existe pas, on est au mieux suspect au pire coupableQue la vie est un délice - Surtout quand on est dans la police  |
|  | | Papillondemort Bleu-bite


Nombre de messages: 8 Localisation: Compiègne (Strasbourg IRL) Date d'inscription: 29/11/2007
 | Sujet: Re: Le Moyen Âge - La grande criminalité Jeu 6 Déc - 9:16 | |
| C'est terrible à lire mais c'était terrible à vivre !! Sur le bourreau j'en connaissais la majeure partie mais pour ce qui est des brigands et autres bandes armées je ne pensais pas que c'était de cette ampleur . Il faudrait dire au juge d'obliger les détrousseurs attrapés et condamnés de lire la totalité du message pendant leur détention pour les faire réfléchir . En tout cas bravo pour ce travail de compilation et la patience pour le retranscrire . |
|  | | | | Le Moyen Âge - La grande criminalité | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |